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ÉDITORIAL du 15 mars 2026 – 4e dimanche du Carême – Laetare

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 9, 1-41

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »


Comme pour l’Avent, la liturgie nous offre une pause dans notre chemin de Carême avec le dimanche de Laetare, le dimanche « en rose », comme il est de coutume de l’appeler.
Ce dimanche nous interroge sur notre manière de voir et de concevoir notre relation à Dieu et à la Loi.
Une guérison le jour du sabbat. Une guérison qui vient renverser le cours des croyances.
Le sabbat est consacré à Dieu : il est interdit de travailler. C’est un jour où l’on se rend à la synagogue et où l’on fait vivre les liens familiaux. Ce n’est pas un jour pour faire des miracles. Et pourtant, le Christ vient répondre à la question fondamentale posée face à toute maladie : « Qui a péché ? »
Pour le judaïsme du temps de Jésus, la maladie est perçue comme le signe visible de la désobéissance. Le péché est une rupture du lien que nous avons avec Dieu, et cette rupture se manifeste par une conséquence physique. Comme Dieu est à l’origine de tout, il serait aussi la cause de la maladie, alors Dieu punirait.
Cette idée, bien que fausse, est profondément ancrée dans notre mentalité. Combien de fois avons-nous entendu l’expression : « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter cela ? »
Pourquoi faire ce signe le jour du sabbat ? Est-ce une pure provocation de Jésus pour contraindre les docteurs de la Loi à le reconnaître comme le Messie ?
Bien sûr que non. D’ailleurs, Jésus ne se dévoile qu’au dernier moment, et seulement à celui qui est l’objet du signe. Tout cet évangile est comme une chasse au trésor : il faut en chercher le sens.
Cette guérison le jour du sabbat veut nous rassurer. Dieu ne répond pas à une offense par une maladie. En Jésus, il va même au-delà en posant un signe de guérison le jour du sabbat : le geste vient questionner nos croyances et notre lien à la Loi.
Était-il vraiment aveugle, ou est-ce un mystificateur ? Pourquoi la Loi de Moïse n’a-t-elle pas été respectée par Jésus ?
Qui donc a la foi ?
Il y a autant de questions que de phrases dans cet évangile.
La raison pourrait en être la suivante : nous ne nous posons pas toujours les bonnes questions. Nous savons tous que nous ne posons des questions que parce que nous croyons connaître la réponse. Mais avec Jésus, la réponse dépasse toujours notre connaissance ; ici, la réponse est celle de la foi.
Jusqu’où sommes-nous prêts à nous risquer au nom de notre foi ?
La lueur de ce dimanche nous oblige à nous abandonner à la lumière de la foi : il y a une joie simple et discrète à entrer dans le mystère de la vie en Christ. La lumière rendue à l’aveugle est déjà une anticipation du mystère pascal. Le Seigneur vient éclairer nos zones d’ombre, il fait voler en éclats nos préjugés pour nous permettre d’accueillir la foi purifiée de conceptions sclérosantes.

Père Jorge JIMENEZ