Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5, 17-37

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.
Jésus nous offre aujourd’hui ce que l’on pourrait appeler une catéchèse fondamentale. Nous poursuivons, lentement mais sûrement, notre chemin à travers le Sermon sur la montagne, et peu à peu Jésus nous en ouvre l’intelligence.
Nous sommes passés des Béatitudes, cet horizon magnifique mais qui peut sembler difficile, voire inaccessible, à un texte de consolation : Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde. Nous nous sentions alors rassurés, confirmés dans notre dignité. Mais aujourd’hui, voilà que les exigences du Christ reprennent toute leur vigueur. Jésus ne veut pas que nous nous endormions : il veut nous faire grandir.
Il revisite trois points essentiels de la Loi de Moïse : le meurtre, l’adultère et le serment. Ces lois avaient été données comme une règle minimale pour permettre la vie en société. Elles venaient déjà compléter la loi du talion — le fameux « œil pour œil, dent pour dent » — qui constituait en son temps un progrès réel, en limitant la spirale de la vengeance.
Avec le Décalogue, Moïse avait posé des interdits structurants : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, tu ne convoiteras pas. Ces commandements devaient suffire à organiser une société humaine et viable. Et pourtant, Jésus vient nous demander un pas de plus. Non pas parce que la Loi serait mauvaise, mais parce qu’elle ne va pas encore jusqu’au cœur de l’homme.
Ainsi, l’homicide — ce moyen radical de régler un conflit — se voit chez Jésus chargé de nuances nouvelles. Il en dévoile les racines : la colère et l’insulte. L’une comme l’autre détruisent la relation. Par la colère, l’autre cesse d’exister ; par l’insulte, il est réduit à néant. Ce sont déjà, d’une certaine manière, des façons de tuer.
Concernant l’adultère, Jésus n’est pas moins exigeant. Il ne s’arrête pas à l’acte visible : Celui qui regarde une femme pour la désirer a déjà commis l’adultère dans son cœur. On ne règle pas la question par un acte juridique de répudiation. L’adultère commence dès lors que l’autre n’est plus choisi comme l’unique trésor de la vie, mais comme un objet parmi d’autres. Tout le reste n’est que justification. Enfin, Jésus aborde la question du serment. Pourquoi jurer ? Par qui te justifies-tu ? Ta parole suffit-elle ? Peut-on te faire confiance ?
Le théologien et moraliste salésien Xavier Thévenot rappelait que le mensonge appartient aux interdits fondamentaux, au même titre que le meurtre et l’inceste, car tous trois détruisent les relations et, avec elles, la société tout entière.
Au fond, Jésus ne fait pas autre chose que de nous aider à comprendre ce qui rend nos relations capables de Dieu. Il ne s’agit pas de nous rendre faibles ou inconsistants, mais au contraire profondément responsables. Le chemin de sainteté passe par cette prise de conscience : nos relations sont appelées à être, elles aussi, à l’image et à la ressemblance du Christ.
Le Christ est celui qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit.
C’est à cette cohérence-là qu’il nous appelle, non pour nous écraser sous le poids de la Loi, mais pour nous conduire à la liberté des fils et des filles de Dieu.
Père Jorge JIMENEZ