Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18, 15-20
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Si ton frère a commis un péché contre toi…
Que nous commettions tous des péchés, c’est malheureusement notre condition quotidienne. Qui d’entre nous peut prétendre ne pas pécher, parfois même dès le réveil ? Nous sommes pécheurs : c’est ce que nous reconnaissons dès les premiers instants de chaque messe.
À peine sommes-nous réunis que notre premier acte est de reconnaître notre péché. Péchés personnels, mais aussi péchés communautaires. Dès que nous nous rassemblons dans le Christ pour former son Corps, nous confessons en même temps combien il nous est difficile de vivre pleinement cette communion et nous demandons la grâce de devenir toujours davantage ce Corps du Christ.
Le célébrant formule cette prière au nom de toute l’assemblée et s’y associe lui-même. Personne ne se tient au-dessus des autres : tous ont besoin de la miséricorde de Dieu.
Le début de la messe nous donne ainsi une clé pour comprendre l’Évangile de ce jour.
À première vue, la démarche proposée par Jésus peut sembler exigeante. La progression qu’il décrit – de la rencontre personnelle jusqu’à l’intervention de la communauté – nous met parfois mal à l’aise. Nous préférerions souvent que tout demeure discret.
Pourtant, regardons cette progression à partir de ce que nous vivons dans la liturgie.
Nous commençons ensemble par reconnaître notre péché et par demander la miséricorde de Dieu. Cet « ensemble » n’est pas une simple réunion de personnes ; il est l’Église, Corps du Christ. Une Église qui manifeste son unité non seulement dans sa sainteté, mais aussi dans ses fragilités. Parce que nous sommes un seul Corps, nous avons la responsabilité de nous soutenir mutuellement et de nous aider les uns les autres à grandir.
L’Évangile nous invite finalement à faire pour nos frères ce que nous aimerions qu’ils fassent pour nous : nous aider à devenir toujours davantage l’image du Christ.
La progression proposée par Jésus prend alors tout son sens.
Tout commence par une rencontre de cœur à cœur. « Tu m’as blessé, mais, au nom du Seigneur, je viens te parler pour que notre communion soit restaurée. » Cette démarche est à la fois exigeante et magnifique. Si je m’arrête à mes seuls sentiments humains, c’est la logique de la vengeance qui risque de l’emporter. Mais parce que nous sommes tous fils et filles de Dieu, c’est la loi de l’amour qui doit guider nos relations. Voilà le premier temps : celui de la fraternité.
Si cette première démarche ne suffit pas, vient alors le temps de l’Église. Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. Il ne s’agit pas d’un tribunal, mais de la sollicitude du Corps du Christ qui ne peut accepter de voir l’un de ses membres se perdre. Cette étape est celle de la miséricorde. Elle nous invite à entrer dans la souffrance de notre frère, à comprendre son chemin et à l’accompagner avec douceur et patience, surtout lorsqu’il s’est égaré.
Enfin, si malgré tout son cœur demeure fermé, Jésus dit Considère-le comme un païen ou un publicain. Non pour le condamner, mais pour reconnaître que la communion est momentanément rompue. Souvenons-nous que Jésus n’a jamais cessé d’aimer les païens et les publicains : il est même venu les chercher. Dès lors, nous pouvons les confier au Seigneur, car lui seul est capable de transformer un cœur de pierre en un cœur de chair. Lorsque nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, il faut savoir laisser Dieu agir. Croire qu’une personne ne peut plus changer serait finalement céder nous-mêmes au péché d’orgueil.
En cette rentrée pastorale, de nouvelles personnes reçoivent des responsabilités nouvelles. Il y aura inévitablement des maladresses, des incompréhensions, des déceptions. L’Évangile d’aujourd’hui nous offre une véritable règle de vie fraternelle : oser se parler en vérité, se pardonner, se soutenir mutuellement et toujours laisser une place à la conviction que Dieu peut accomplir ce qui dépasse nos forces.
Père Jorge JIMENEZ